Comment tout va s’effondrer.

Ça fait un moment que j’entends parler autour de moi de collapsologie et d’effondrement. Le sujet m’intéresse, je m’y étais déjà attaque quelques fois, et maintenant c’est le moment de faire une analyse plus complète de l’effondrement et de ses conséquences.

L’effondrement est caractéristique des sociétés avancées.

Toute société avancée est destinée, tôt ou tard, à s’effondrer. Pour voir si une société est considérée (ou pas) comme avancée, il suffit de regarder si dans cette société existe le concept de « progres », où si cette société se fonde sur une quelconque forme d’expansion. Si dans une civilisation vous voyez du progrès ou de l’expansion, vous êtes sûrs que cette civilisation, tôt ou tard, s’effondrera.

L’effondrement suit toujours les mêmes étapes.

  1. Établissement. D’abord, une civilisation s’établit dans un lieu, ou nait dans les cendres d’une civilisation précédente. Pour quelques temps (qui peuvent durer de quelques mois à plusieurs siècles) la civilisation vit dans sa niche écologique dans un état d’équilibre.
  2. Découverte. À un certain moment de son histoire, la civilisation découvre quelque chose qui lui donne un avantage sur la nature et sur les civilisations qui l’entourent: le développement d’une supériorité militaire, comme dans le cas de l’empire romain; la découverte de nouvelles terres, comme dans le cas de la rénaissance, ou la découverte de nouvelles sources énergétiques, comme dans le cas de la révolution industrielle.
  3. Progrès. La découverte dont au point 2 permet à la civilisation de s’agrandir et progresser du point de vue technologique et social. Les villes-centre grandissent, la bureaucratie se complexifie, les arts et les sciences flourissent. La civilisation écrase toutes les civilisations voisines et concurrentes.
  4. Rendements décroissants. La découverte qui avait permis le développement de la société devient de moins en moins efficace, et il faut des efforts de plus en plus grands pour maintenir le même niveau d’extraction des ressources.
  5. Couts croissants. Au fur et à mesure que la civilisation flourit, les coûts nécessaires à son fonctionnement augmentent de manière exponentielle. Aux coûts nécessaires pour la construction de nouvelles infrastructures s’additionnent les coûts nécessaires pour maintenir en état les infrastructures existantes: les côuts du progrès montent plus rapidement que ses avantages, et le progrès est aussi soumis à des rendements décroissants.
  6. Premier pic: fin du progrès. À un certain moment, les coûts croissants du progrès rendent impossible toute nouvelle avancée supplémentaire. L’extraction des ressources devient tout juste suffisante à maintenir le status quo, et la société atteint un plateau.
  7. Deuxième pic: diminution des ressources. Les ressources sont dans une dynamique de rendements décroissants, donc le travail nécessaire pour maintenir le status quo devient de plus en plus grand. À un certain moment, le travail nécessaire pour miantenir le status quo devient trop grand, et la civilisation se dirige vers le déclin.
  8. Déclin chaotique. Une fois passé le 2ème pic, la société entame son déclin: les infrastructures ferment les unes après les autres, les villes se vident, et la bureaucratie est obligée de se simplifier. Mais la société est toujours gouvernée par un système de pouvoir optimisé pour gérer un progrès social et technologique, et qui se trouve totalement desemparé face à une société en déclin. Les promesses des gouvernants deviennent de plus en plus ambitieuses et de plus en plus déconnectées de la réalité, les lois deviennent de plus en plus difficiles à faire respecter, et la bureaucratie devient de plus en plus inefficiente. Les populations commencent à se révolter contre leur gouvernements, et les luttes pour le pouvoir deviennent de plus en plus violentes. La situation devient vite très chaotique.
  9. Émergence d’une nouvelle organisation. Pendant la phase de déclin commence à émerger une nouvelle organisation, plus simple que la précedente, et moins dépendante de la ressource qui avait stimulé le progrès technologique et social. Cette organisation se met en place d’abord dans des lieux isolés et lointains des centres de pouvoir, et peu à peu colonise des régions de plus en plus centrales. Face à une société établie qui devient de plus en plus chaotique et de plus en plus disfonctionnelle, cette nouvelle organisation séduit de plus en plus.
  10. Stabilisation à un niveau plus bas. La nouvelle organisation, peu à peu, devient prédominante et remplace tous les aspects de l’ancienne. La société se libère de son excès de complexité et de ses pratiques les plus énergivores et se stabilise à un niveau plus bas.

Nous pouvons retrouver ces mêmes étapes plus ou moins dans toutes les civilisations progressistes:

L’Empire Romain

  1. Établissement. En 753 av. J-C, des bergers et des rescapés de la Guerre de Troie fondent la Ville de Rome sur une colline d’Italie Centrale.
  2. Découverte. Les Romains apprennent à se défendre contre leurs voisins. Peu à peu, ils deviennent des excellents soldats.
  3. Progrès. L’aptitude militaire des Romains leur permet d’agrandir leur empire. D’abord à l’Italie centrale, puis à toute l’Italie, et ensuite à toute la Méditerranée. La société Romaine se complexifie: on crée toute une série d’institutions politiques et religieuses, on développe les arts et les sciences, con construit des villes, des aquéducs, des bains thermaux et des amphithéatres. Toutes les autres civilisations (Les Grecs, les Egyptiens, les Juifs etc.) sont annexées les unes après les autres.
  4. Rendements décroissants. Une fois conquise toute la Méditerranée, aux romains ne restent plus beaucoup de territoires à annexer: au Nord il y a l’Écosse, l’Irlande et l’Allemagne, trop froides et pas assez productives. à l’Est il y a la Perse, où se trouvent des civilisations trop puissantes pour être soumises. Au Sud il y a le Sahara. Et à l’Ouest il y a l’Océan Atlantique.
  5. Coûts croissants. Gérer depuis Rome des villes en Espagne ou en Turquie devient compliqué. Si pour aller de Rome à Naples il faut 2-3 jours de route, pour aller de Rome à Constantinople il faut plus que un mois. Le côut nécessaire pour maintenir des colonies lointaines nécessite une expansion coloniale de plus en plus grande, et les nouvelles expansions se font sur des terres de moins en moins productives.
  6. Premier pic: fin du progrès. Sous le regne de l’empereur Hadrian, l’Empire Romain cesse de s’agrandir. L’Empire s’arrête définitivement aux bords du Rhin et du Danube.
  7. Deuxième pic: diminution des ressources. Sans des nouvelles terres à conquérir, il devient de plus en plus difficile de gérer l’Empire. La défense des frontières nécessite de plus en plus de soldats, et sans la perspective de nouvelles terres à conquérir, le métier du soldat devient de moins en moins intéressant. Et comme ça devient de plus en plus difficile de gérer la défense des frontières depuis Rome, cette tâche est souvent sous-traitée à des tribus barbares.
  8. Déclin chaotique. Après le regne de Marc-Auréle, l’Empire Romain tombe dans le chaos. des factions rivales se battent pour le titre d’Empereur, des provinces se rendent indépendantes et se battent contre l’Empire qui veut les reconquérir, et les soldats barbares deviennent de plus en plus puissants. Les institutions politiques et religieuses sont toujours là, mais ont de moins en moins de pouvoir. Les routes, les aquéducs et les bains thermaux tombent parfois en ruine et, quand cela arrive, ne sont pas reparés.
  9. Émergence d’une nouvelle organisation. Au Moyen-Orient, les disciples de Jesus prêchent une nouvelle religion, le Christianisme. Les Chrétiens ont une Foi en Dieu qui leur permet de passer les épreuves les plus terribles: ils ont l’équilibre intérieur nécessaire pour vivre dans une société en décadence sans sombrer dans la dépression, et ils acceptent le martyre avec joie. Entre temps, au Nord, les barbares proposent une société plus simple, où il n’y a pas besoin de la bureaucratie et des impôts de l’Empire Romain.
  10. Stabilisation à un niveau plus bas. Le Christianisme séduit de plus en plus les Romains, et de plus en plus de provinces finissent sous le contrôle des Barbares. Peu à peu, la société romaine intègre les élements chrétiens et barbares, et l’Empire romain se divise en beaucoup de petits royaumes barbares, ou on parle latin et on vénère Jesus.

La Renaissance.

  1. Établissement. À la fin du Moyen-Âge, la société Européenne se reconstruit après la Peste de 1347. Après des années de chaos, on reconstruit la société.
  2. Découverte. Dans cette démarche de reconstruction de la société, on relance la construction des bâteaux, avec des innovations technologiques. Un nouveau type de navire apparaît: la Caravelle. Si les autres navires sont obligés de naviguer près des côtes, la caravelle peut naviguer en haute mer sans trop de problèmes. Grâce à la Caravelle, on peut désormais explorer les Océans, et découvrir des nouveaux continents: L’Amérique, l’Afrique sub-saharienne, les Indes et l’Australie.
  3. Progrès. Pour les Européens s’ouvrent des possibilités immenses: des nouvelles terres à coloniser, très fertiles et riches en minéraux. Les Européens découvrent les patates, les tomates, le café et le chocolat. Chaque Européen avec un peu de courage peut partir pour ces nouvelles terres, les coloniser et faire fortune. Angleterre, France, Espagne et Portugal deviennent des puissances mondiales: en Europe, elles surpassent les pays du bassin méditerranéen, qui jusqu’à là étaient les plus puissants; dans les nouvelles terres, elles imposent leur culture et leur domination sur les civilisations préexistantes.
  4. Rendements décroissants. Après l’Amérique, l’Afrique, les Indes et L’australie, presque toutes les terres disponibles ont été découvertes. Le dernier continent à être découvert, en 1819, est l’Antarctique, mais cette dernière découverte ne porte pas les fruits espérés: si les autres continents étaient pleins de terres fertiles, l’Antarctique est froide et inhabitable. Une dernière tentative de découvrir des nouvelles terres se fait en 1969 avec le voyage sur la Lune, mais elle aussi se solde par un échec: la Lune est un monde aride, sans plantes, ni animaux, ni rien d’autre qui puisse justifier une colonisation.
  5. Coûts croissants. Maintenir le contrôle sur des territoires éparpillés partout sur la planète devient de plus en plus difficile au fur et à mesure que le temps passe et que les empires s’agrandissent. Au fur et à mesure que le temps passe, les liens entre les les colonisateurs et la mère-patrie s’affaiblissent, et les colonies deviennent de plus en plus indépendantes.
  6. Premier pic: fin du progrès. Une fois qu’il n’y a plus de territoires à découvrir, la seule manière pour les empires de s’agrandir est en faisant la guerre avec les autres empires, dean l’espoir de leur voler des morceaux de territoire. Le nombre de guerres entre les différents empires pour le contrôle des colonies augmente de plus en plus.
  7. Deuxième pic: diminution des ressources. Plus le temps passe, plus les colonies deviennent indépendantes de leur mère-patrie. Leur économie devient de plus en plus autarchique, et les empires doivent utiliser de plus en plus de ressources (y compris des ressources militaires) pour continuer à extraire de la richesse des colonies et l’améner vers le centre de l’empire.
  8. Déclin chaotique. Les guerres entre les différents empires et les mouvements indépendentistes destabilisent les colonies, ainsi que les centres des différents empires. Les pays Européens sont dans un état de guerre plus ou moins permanent, soit en Europe, soit dans les autres continents. Le declin chaotique culmine dans les deux Guerres Mondiales.
  9. Émergence d’une nouvelle organisation. À l’issue des deux guerres mondiales, seuls deux empires subsistent: les États-Unis et la Russie. Ils sont assez loin l’un de l’autre pour ne pas se livrer à une guerre de proximité, et ils ont les ressources pour gérer des vastes territoires.
  10. Stabilisation à un niveau plus bas. Au concept de colonie se substitue le concept de sphère d’influence. Les anciennes colonies deviennent indépendantes les unes après les autres, et rentrent dans les sphères d’influence des États-Unis ou de la Russie. Les sphères d’influence garantissent aux pays qui en sont membres une protection militaire et des débouchées commerciales. Les différents pays sont libres de mener la politique qu’ils préfèrent, pour autant qu’ils restent dans la sphère d’influence où ils sont.

Le modernisme contemporain.

  1. Établissement. Après la Seconde Guerre Mondiale, l’Europe est à reconstruire. Et il y a tout un tas d’usines militaires qui, une fois la guerre terminée, ne servent plus à rien.
  2. Découverte. Les puissances sorties gagnantes de la Guerre (États-Unis et Russie) investissent dans leurs pays satellites pour stimuler la réconstruction. Pour reconvertir les usines militaires, on commence à produire des véhicules et des électroménagers.
  3. Progrès. On profite pour reconstruire les villes détruites par la guerre selon un plan plus moderne. On construit des autoroutes, des chemins de fer, des réseaux électriques, des bâtiments en béton, des banlieues résidentielles. Les ménages commencent à acquérir des nouveaux objects: la voiture, le frigo, la télévision. Les industries tournent à plein rythme, et embauchent à tout va: ouvriers, techniciens, cadres. Les universités tournent à plein rythme, et forment des tenchniciens et cadres en grand nombre. La technologie progresse vite: les voitures deviennent plus puissantes, les avions plus rapides. De la radio on passe à la télévision en noir et blanc, puis à la télevision en couleurs, puis à l’ordinateur.
  4. Rendements décroissants. À partir des années 70, la croissance commence à ralentir. les villes sont plus ou moins toutes reconstruites, les autoroutes sont presque toutes terminées, les ménages ont tous une voiture, un frigo et une télévision. Au même temps, la technologie arrive à son pic: le retour sur investissement des technologies des années 80 (le Concorde, le Space Shuttle, le Turbotrain…) est bien moindre de celui des technologies des années 50-60 (la voiture moderne, l’avion à réaction, les électroménagers…), et le progrès technologique commence à s’arrêter.
  5. Coûts croissants. Peu à peu, les infrastructures se déteriorent. Le béton a une durée de vie de 50-60 ans: au fur et à mesure que les constructions en béton arrivent à ce seuil, il faut les entretenir avec des travaux de rénovation lourde. Les réseaux (eau, électricité, routes) commencent à avoir des défaillances, et il faut les réparer. Dans une bonne partie des cas, reparer les infrastructures n’a pas de sens du point de vue économique, et les infrastructures les plus anciennes sont tout simplement abandonnées.
  6. Premier pic: fin du progrès. À partir des années 80, on commence à sentir les conséquences de la fin du progrès. Les écoles et les universités sont sur-développées, et produisent un nombre de techniciens et de cadres qui est excessif par rapport aux exigences du marché. Beaucoup de diplômés ne trouvent pas de travail après les études, ou sont obligés d’accepter des emploi de rang inférieur par rapport à leur compétences. Les usines se retrouvent en sur-production. Pour relancer la croissance, on part sur l’édonisme: on achete des objets non plus pour leur utilité, mais juste pour le plaisir de consommer. Et là où l’édonisme ne suffit pas, le crédit à la consommation prend le rélais. Peu à peu se crée une grosse bulle de crédit, qui ne cesse pas d’augmenter.
  7. Deuxième pic: diminution des ressources. Face à une bulle de crédit qui continue à grandir, les états essaient de refroidir l’économie. D’abord avec une incertitude globale due au terrorisme, puis avec un confinement généralisé et des restrictions de plus en plus grandes pour prévenir des épidémies de moins en moins graves. Sauf que le refroidissement de l’économie porte toujours à la récession, et accélere l’effondrement de la société.
  8. Déclin chaotique. L’économie chute mais la société est toujours basée sur le progrès. Donc les discours officiles deviennent de plus en plus incohérents et lointains de la réalité. Renouer avec la croissance, Make America Great Again, Build Back Better, revenir aux Trente Glorieuses, un petit effort pour aplatir la courbe et revenir à la normalité. Entre temps, les usines ferment, les universités continuent à produire des techniciens et de cadres qui seront destinés au chômage, les infrastructures s’effondrent, et l’économie périclite. Et plus l’économie périclite, plus les discours deviennent délirants: on fait de la recherche sur des technologies vertes, qui pourront, si tout va bien, arriver presque aux performances des technologies traditionnelle, mais en polluant dans des manières diverses et variées. Et même le progrès social devient déconnecté de la réalité: on se dit que le monde ira mieux en appelant les gens « iel » et « ielle » au lieu de « lui » et « elle », ou en éliminant la mémoire des politiciens et généraux de l’armée des siècles passés. On invoque la Science à gauche et à droite, dans des discours qui n’ont rien de scientifique.

—– VOUS ÊTES ICI ——

  1. Émergence d’une nouvelle organisation. Dans des endroits périphériques et lointains des centres du pouvoir, des groupes de personnes commencent à chercher des solutions pour sortir de cette société en perdition et pour aider les victimes de l’effondrement de la société occidentale. De fois ce sont des groupes d’entraide, des fois ce sont des communautés religieuses, des fois un mix entre les deux. Souvent, ce sont des groupes avec beaucoup de bonne volonté et peu de moyens. Ou parfois il y a dans le groupe quelque mécène qui met ses ressources au service de ces groupes d’entraide matérielle et religieuse.
  2. Stabilisation à un niveau plus bas. Cette partie de l’Histoire n’a pas encore été écrite, donc nous ne pourrons pas vous dire comment celle ci se terminera. Nous pourrons vous anticiper que les théories alternative à la pensée progressiste vont fleurir à gauche et à droite, que les groupes d’entraide et de sortie du système vont apparaître un peu partout, et que les institutions officielles, de plus en plus décadentes, feront des campagnes de persécution contre les théories alternatives au dogme progressiste. Les prochaines années seront turbulentes, et de cette turbulence sortira probablement une société très différente de l’actuelle.

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